La Richesse et la Diversité de l’Art-thérapie

analyse et opinion sur le rapport national de l’ordre des infirmiers sur l’art-thérapie

En tant qu’art-thérapeute, l’exploration et l’évaluation de l’art-thérapie en tant que pratique clinique nécessitent une approche équilibrée qui reconnaît ses forces tout en étant critique vis-à-vis de ses limitations. L’article de l’Ordre des Infirmiers soulève des points pertinents sur lesquels je souhaite réagir, en particulier en ce qui concerne les dérives possibles, le manque de preuves scientifiques, et l’accessibilité de l’art-thérapie à différents publics.

Selon l’article de l’ordre des infirmiers ( https://www.ordre-infirmiers.fr/system/files/inline-files/Fiche%201%20%E2%80%A8Art-th%C3%A9rapie.pdf)

L’art-thérapie se positionne comme une forme de médecine alternative, cherchant à exploiter le potentiel créatif pour des objectifs psychothérapeutiques ou de développement personnel. Elle offre un espace pour que les patients puissent exprimer leurs symptômes, pulsions et névroses de manière créative.

Cette discipline se déploie à travers diverses approches, chacune avec sa propre perspective. Les méthodes psychodynamiques, par exemple, explorent l’expression artistique comme une fenêtre sur le subconscient, s’appuyant sur des concepts comme le transfert et les mécanismes de défense. L’approche humaniste, quant à elle, se concentre sur l’expression artistique comme moyen de maîtriser ses émotions, tandis que l’approche éducative vise particulièrement à assister les enfants présentant des troubles du développement.

L’art-thérapie s’appuie sur une vaste gamme de médiums, tels que le dessin, la peinture, la photographie, la musique, la danse, le théâtre, et bien d’autres, permettant ainsi une grande diversité dans les pratiques thérapeutiques. Cette variété de techniques ouvre la voie à l’innovation constante dans le domaine.

Fondée sur l’idée que l’art, le corps et l’esprit sont interconnectés, l’art-thérapie s’adresse à un large éventail de personnes, des enfants aux personnes âgées, y compris celles confrontées à des défis psychiques, des troubles du développement, ou en quête de croissance personnelle. Elle a démontré des bienfaits pour des individus aux prises avec des conditions variées, telles que le cancer, les troubles alimentaires, les addictions, et a aidé dans la gestion des émotions et la guérison de traumatismes.

L’histoire de l’art-thérapie remonte à des pionniers comme le Dr Marcel Reja et Walter Morgenthaler au début du 20e siècle, et a été influencée par des figures telles que Rudolph Steiner, Margarethe Hauschka et Adrian Hill, qui ont tous contribué à façonner et à étendre le domaine.

Malgré sa popularité croissante et son intégration dans certains contextes hospitaliers, l’art-thérapie est confrontée à des critiques concernant son manque de validation scientifique. Bien que des études et des méta-analyses aient parfois rapporté des effets positifs, la majorité indique un manque de preuves concrètes quant à son efficacité, soulignant la nécessité de recherches plus rigoureuses pour établir ses bénéfices de manière objective.

L’art-thérapie a également fait face à des controverses et des dérives potentielles, notamment en ce qui concerne son utilisation dans des contextes où la rigueur scientifique et l’encadrement thérapeutique peuvent manquer. Les inquiétudes concernant les dérives sectaires et les pratiques non fondées ont suscité des réactions de la part des professionnels de la santé et des autorités.

Points Positifs de l’Art-thérapie

L’Art-thérapie est une discipline qui se situe à l’intersection de l’art et du soin, offrant une méthode alternative pour explorer et traiter les problématiques psychiques et émotionnelles. Cette pratique non-conventionnelle tire parti de la création artistique pour permettre aux individus d’exprimer et de travailler sur leurs symptômes, pulsions et névroses, contribuant ainsi à leur développement personnel et à l’amélioration de leur bien-être.

Diversité des Approches et Techniques : L’Art-thérapie se caractérise par une grande diversité d’approches (psychodynamique, humaniste, éducative) et de médiums artistiques (dessin, peinture, danse, musique, théâtre, écriture, etc.), ce qui permet une adaptation fine aux besoins et préférences de chaque patient.

Historique Riche et Fondements Théoriques : Depuis les premiers intérêts pour l’expression de la pathologie mentale à travers l’art au début du 20e siècle, l’Art-thérapie a accumulé un riche historique de développement théorique et pratique, s’inspirant de divers courants psychologiques et artistiques.

Accessibilité et Adaptabilité : Cette approche est accessible à des personnes de tous âges et s’adapte à divers publics, y compris ceux souffrant de pathologies lourdes comme le cancer, les troubles neuro-dégénératifs, ou les handicaps, ainsi qu’à ceux en quête de développement personnel.

Bienfaits Observés : Les praticiens de l’Art-thérapie et certaines études rapportent des effets positifs sur la diminution de l’anxiété, l’amélioration de l’estime de soi, et la qualité de vie des patients, malgré les débats sur la méthodologie de ces études.

Points Négatifs et Défis

Toutefois, l’Art-thérapie fait face à des critiques significatives quant à son efficacité médicale et sa reconnaissance institutionnelle.

Manque de Preuves Scientifiques Concluantes : Malgré une présence notable en milieu hospitalier, l’efficacité de l’Art-thérapie n’est pas unanimement reconnue par la communauté scientifique, due à un manque de preuves empiriques robustes et à des méthodologies d’étude souvent critiquées.

Absence de Reconnaissance Officielle : En France, l’Art-thérapie ne bénéficie d’aucune reconnaissance formelle par les instances de santé, ce qui soulève des questions sur sa légitimité en tant que pratique médicale.

Risques de Dérives : La pratique de l’Art-thérapie peut être sujette à des dérives, notamment quand elle est exercée par des individus non qualifiés ou dans des cadres non réglementés, posant ainsi des risques pour les patients.

Coûts et Enjeux Financiers : L’intégration de l’Art-thérapie dans le système de santé pose également des questions financières, tant en termes de coûts de formation pour les praticiens que de charges pour les établissements de soin dans un contexte budgétaire contraint.

En somme, l’Art-thérapie représente une approche prometteuse et innovante pour le traitement des troubles psychiques et le développement personnel, forte d’une diversité d’approches et d’une riche histoire. Cependant, elle est confrontée à des défis significatifs, notamment la nécessité d’une validation scientifique plus poussée et d’une reconnaissance institutionnelle, afin de garantir sa crédibilité et sa sécurité pour les patients.

Mon ressenti par rapport à cet article:

Comme dans toute approche artistique, il y a toujours une part de subjectivité et de débat. Mais n’oublions pas, même si nous ne comprenons pas toujours l’art contemporain, cela ne diminue en rien son potentiel à émouvoir, à interpeller et parfois à guérir.

En somme, l’art-thérapie mérite sa place au soleil, même si elle doit parfois porter un chapeau de paille pour se protéger des critiques. À travers diverses formes d’art, elle tend à offrir aux patients un moyen unique pour exprimer leurs émotions et travailler sur leurs problèmes psychologiques en offrant une alternative aux pratiques thérapeutiques classiques en se positionnant en soin de support à ces prises en charges.

Elle est caractérisée par sa capacité à englober une multitude de médiums artistiques, allant du dessin à la danse, en passant par la musique et le théâtre. Cette diversité permet à chacun de trouver le mode d’expression qui lui convient le mieux, offrant ainsi un cadre personnalisé pour la thérapie. C’est un peu comme choisir entre thé et café pour votre pause matinale : il y en a pour tous les goûts.

Un Fondement Historique Solide

L’histoire de l’art-thérapie est riche, remontant au début du 20e siècle, avec des pionniers qui ont reconnu le lien entre l’art et une forme de guérison psychologique. Cette tradition historique assure à l’art-thérapie peut assurer un fondement théorique solide et varié, inspiré par des courants psychologiques et artistiques divers ( art brut, surréalisme, art psychopathologique ou art des fous,…).

Les praticiens de l’art-thérapie et certaines études rapportent des effets positifs significatifs, tels que la réduction de l’anxiété et l’amélioration de l’estime de soi. Bien que l’évidence scientifique soit encore en cours de consolidation, ces observations préliminaires sont prometteuses. Cela peut parfois donner l’impression que l’art-thérapie est le cousin éloigné et un peu excentrique dans la grande famille des thérapies.

Bien que l’art-thérapie puisse parfois sembler naviguer en eaux troubles dans le vaste océan des approches thérapeutiques, son potentiel pour offrir un soulagement et une compréhension profonde est indéniable ( voir liens ci-dessous). Elle doit ainsi encore faire face à certains défis, notamment le manque de reconnaissance officielle et la nécessité de preuves scientifiques plus robustes. De plus, il y a des risques de dérives lorsque pratiquée sans encadrement adéquat, rappelant qu’un peu de régulation ne fait jamais de mal.

Liens :

https://artecura.ch/_tmc_daten/File/2021_Vortrag%20Schweiz%20RCT%20Studien_%20Ganter-Argast%20FR.pdf

https://www.etp-journal.org/articles/tpe/abs/2016/02/tpe160011/tpe160011.html

https://savoirs.usherbrooke.ca/bitstream/handle/11143/6463/Lambert_Jacinthe_DPs_2013.pdf?sequence=2

https://www.arttherapie.org/wp-content/uploads/2022/03/Effcacite%CC%81-dun-programme-dart-the%CC%81rapie_2016.pdf

https://books.google.fr/books?hl=fr&lr=&id=jdutEAAAQBAJ&oi=fnd&pg=PT2&dq=m%C3%A9ta+analyses+art-th%C3%A9rapie&ots=y6a_84prKB&sig=dJFqIjTLrR2s_Ab3r-tcYPF7vfA&redir_esc=y#v=onepage&q=m%C3%A9ta%20analyses%20art-th%C3%A9rapie&f=false

https://books.google.fr/books?hl=fr&lr=&id=jdutEAAAQBAJ&oi=fnd&pg=PT2&dq=m%C3%A9ta+analyses+art-th%C3%A9rapie&ots=y6a_84prKB&sig=dJFqIjTLrR2s_Ab3r-tcYPF7vfA&redir_esc=y#v=onepage&q=m%C3%A9ta%20analyses%20art-th%C3%A9rapie&f=false

https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/26907240.2020.1753461